Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 16:03

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 La Blessure des Mots

(recueil de 130 poèmes)

 

 

 

 

Chers amis lecteurs,

 

 

Mon livre est en consultation gratuite mais vous pouvez l'acheter au prix modeste de 3,49 euros

(son élaboration m'a demandé des années de travail).

 

Par ce geste, vous contribuerez à la valorisation de la création artistique contemporaine. 

 

Quelques exemplaires papier de l'édition 2004 sont disponibles chez l'auteur via Overblog.

 

Merci à tous.

 

Thierry CABOT

 

 

 

 

 

 

 

Livre numérique La blessure des mots

http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916309/la-blessure-des-mots

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 





 

 

Par Thierry CABOT
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Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 16:00

 



Thierry Cabot, La Blessure des Mots, poèmes. ÉLP éditeur (www.elpediteur.com), 2011

 

Voici, serein, blafard et fier, un puissant recueil de cent trente poèmes versifiés, armaturés, ciselés. La Blessure des Mots est un exercice solidement formulé et indubitablement généreux dans la forme, tout en s’avérant empreint d’une cuisante tristesse intimiste dans le fond. Vieillissement, mort, amours racornis, perte de la foi, futilité du fond des choses, modernité en capilotade, religiosité déchue, métaphysique dérisoire. On sent tous les effluves délétères du bilan de vie et de l’apposition des cachets sur l’huis ligneux d’une époque. Mais c’est quand même un bilan de vie qui chante, qui psalmodie, qui récite en cadence et qui voit, à l’oeil nu, la musique, comme on voit, inexorable, le grain ferme et froid d’une gueuse de fer. La force d’évocation de ces textes est absolument remarquable. Moi, qui mobilise prioritairement la poésie pour peindre et visualiser des miniatures, j’ai senti la vigueur, la solidité, la langueur, liquide et dense, du ressac sensoriel et émotif, quand Cabot m’a ramené au Pays des Plages, en un tout petit matin d’été, sur le port.

 

Un matin d’été sur le port

 

Ayant vaincu la nuit, l'aurore toute molle
Semble un long drap laiteux piqué de veines d'or,
Comme si jusqu'au sein de la blancheur qui dort,
Des fils de diamants tissaient une auréole.

 

Puis vaporeuse et blonde à la pointe du môle,
Tout à coup la nue ivre éclabousse le port
Et le vent secoué d'un magique transport,
Déguste à l'infini la lumière qu'il frôle.

 

Les barques scintillant sur le tapis des eaux,
Avec sublimité, vibrent de chants d'oiseaux ;
Le grand ciel ingénu fait pétiller chaque âme ;

 

Et le soleil toujours plus vaste et glorieux,
Dans la tiédeur marine où se jette sa flamme,
Caresse longuement tous les cœurs et les yeux.

 

Thierry Cabot, et je suis inconditionnellement à ses côtés là-dessus, nous confirme, sans ambivalence ni tergiversation, que la poésie versifiée est toujours avec nous, et sublimement vigoureuse. Il cultive l’alexandrin (comme Jacques Brel dans Les Flamingants), le décasyllabique (comme Georges Brassens, dans La chasse aux papillons), l’octosyllabique (comme Raymond Lévesque dans Quand les hommes vivront d’amour), le demi-alexandrin (comme le parolier d’Édith Piaf, dans Milord) et bien d’autres formes versifiées aussi, régulières ou plus irrégulières. Et, oh, il y a de l’indubitable, monumental et pacifié, dans les références poétiques qu’il promeut, en sus, implicitement ou explicitement. Dans le poème Mon panthéon poétique, Thierry Cabot nous aligne en effet le chapelet de ses maîtres: François Villon, Pierre de Ronsard, Alfred de Vigny, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Émile Nelligan, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry, Henri Michaux et René Char. Les ancêtres y sont bel et bien. Ils font puissamment sentir leur présence, à chaque page. N’y voyez surtout pas le triomphalisme rigide d’un académisme fixiste. C’est tout le contraire qui s’impose à nous, au fil de la déclamation qui sonne. C’est triste, c’est cuisant, c’est grandiose, mais nul autre ne sait nous dire comme Thierry Cabot que, de fait, il n’est rien d’éternel et rien de dogmatique.

 

Ah ! Ne savons-nous pas que tout se décompose,
Que l'aube court déjà, tremblante, vers le soir,
Que nous ne respirons jamais la même rose,
Que tout succède à tout et se fond dans le noir ?

 

Paul Laurendeau
juin 2011

 

Article de Bernard Morlino

 

 http://larepubliquedulivrenumerique.com/poesie/         

 


 

  |  ©  écouter lire penser 2011 |  Site hébergé chez CD-SCRIPT  (merci) |
Par Thierry CABOT
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Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 15:59

Te vois-tu ? mon parterre à l’ignoble figure !

Te vois-tu ? déjà seul et fertile en douleurs !

Car le temps, ce venin somptueux d’envergure,

Dès la semaine enfuie, a ravagé tes fleurs.

 

J’en avais pourtant mis de toutes les couleurs,

Des lys partout, des lys que juillet transfigure ;

Ils fredonnaient si bien parmi les vents siffleurs,

Ils crépitaient si bien d’un feu de bon augure.

 

Et bientôt quel gâchis ! quel spectacle éhonté!

Chaque fleur comme une âme au velours insulté,

Exhale le poison des caresses fatales.

 

Mais ne serais-je pas moi-même un songe-creux ;

Une ombre qui ployant dans son jardin peureux

Va, fantôme erratique, effleurer deux pétales ?

 

 

 

 

Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"

Par Thierry CABOT
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Dimanche 12 janvier 2014 7 12 /01 /Jan /2014 16:01

 

Rieuse, je te vois sur la berge dansante

Me subjuguer, mon éternelle, ma passante,

De ton regard d’eau claire ample et vertigineux.

Quand s’animent tes pas, je m’entends vivre en eux,

Et tu sembles toujours au soleil qui te porte

Caresser d’un éclat la moindre feuille morte.

Sublimité rêveuse, étoile de jasmin,

Je te veux adorable encore après-demain ;

Car que le vent chantonne ou que le ciel rougeoie,

Toi seule tiens les fils superbes de ma joie.

 

 

Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"

Par Thierry CABOT
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Dimanche 12 janvier 2014 7 12 /01 /Jan /2014 16:01




Sur le quai fauve et noir empli de moiteurs sales,
Les âges se défont au rythme aigu des trains...
Voici longtemps. Peut-être en mai. Comme en rafales,
Des houles de joie ivre incendiaient mes reins.

J'avais les yeux ravis et comblés de l'enfance.
La magie à ma lèvre où fusait le bonheur,
Inondait le ciel chaud d'un rêve sans défense
Plus naïvement clair que l'envol d'une fleur.

La gare en fièvre s'agitait à perdre haleine ;
Le vent soûl balayait le matin finissant,
Et tout à coup je vis, dans un souffle de laine,
Sourire jusqu'à moi ton pas resplendissant.

Mes bras tendus au point de soulever le monde,
Capturèrent le baume ailé de tes cheveux
Alors que, titubante au bout d'un soir immonde,
Une vieille passait, les doigts fous et nerveux.


Nous étions le miroir béni de toute chose ;
Les chatoiements de l'heure embellissaient nos mains.
Irréelle et chantant, la fière ville rose
Alignait ses toits purs et ses féconds chemins.
 

O couple aveugle au temps dont saigne l'ombre infâme !
Ta jeunesse coulait en lumineux accords,
Et nul regard ne vint arracher cette femme
Au néant qui bientôt lui mangerait le corps...

 

Le même quai... plus tard, sans que tu me revoies.
Déjà rien que l'infime écume d'un grand jour,
A peine un blanc fantôme errant le long des voies
Tandis que, chargé d'ans, je titube à mon tour.

Ton image noyée au fond de l'amertume,
Est une eau pâle et trouble égarée en mes yeux,
Un murmure de soie enfoui sous la brume,
Une âme frissonnante au bord de vagues cieux.

Et le limon obscur des mois et des années
A glacé mon visage et fendillé mon cou ;
Si parfois j'ai bu tant d'espérances bien nées,
J'ai vingt fois du destin essuyé le vil coup.

Or là comme jadis, la foule bourdonnante
Gronde avec l'appétit d'un long fleuve qui croît ;
Comme jadis, au loin, charmeuse et fascinante,
Toulouse rit toujours dans le beau soleil roi.

Affaibli par cent maux où l'enfer se dessine,
Je longe le vieux quai plein de moites relents
Quand devant moi soudain, ô brûlure assassine !
Pareil au nôtre, un couple unit ses voeux tremblants.

Il ne me connaît pas. Les trains vont, à la file.
Une brise d'amour me flagelle et me mord.
Et vaincu, las de tout, pauvre chose débile,
Je m'abats sur le sol en épousant la mort.


Poème extrait de " La Blessure des Mots "

 

scopalto.com

Par Thierry CABOT
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Dimanche 12 janvier 2014 7 12 /01 /Jan /2014 16:00

 

 

Ils s’enlaceront d’un lumineux geste,

Elle et lui mêlés comme à l’or des anges,

Et tous deux pareils aux claires mésanges

Dont le vol s’échappe en un cri céleste.

 

L’élan qui chez eux rira sans conteste,

C’est l’amour joyau cueilli dans ses langes

Où resplendiront les flammes étranges

D’on ne sait quel bien que le cœur atteste.

 

Et peut-être même, effaçant le doute,

Les verra-t-on fous là-bas sur la route

Attendrir le Ciel de leurs voix bien nées ;

 

Et peut-être alors, au bout d’une heure ivre,

Le temps voudra-t-il s’arrêter de vivre

Pour qu’ils vivent loin des milliards d’années.

 

 

Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"

Par Thierry CABOT
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Dimanche 12 janvier 2014 7 12 /01 /Jan /2014 16:00

 

 

Ecoute encore sur ma joue

Battre le flux et le reflux

D’un oiseau tiède qui rejoue

Ce qui bientôt ne sera plus.

 

Vois déjà mourir à mes lèvres

Comme un trop fugitif baiser,

L’heure en porcelaine de Sèvres

Que l’heure qui suit va briser.

 

Découvre, décèle, devine

Toutes les failles dont mon front

Quelquefois soûl d’une eau divine,

Porte la blessure et l’affront.

 

Nous ouvrons tous le même livre

Et nous le fermons tous… mais quand ?

Est-il jamais simple de vivre

A compter chaque être manquant ?

 

C’est moi, c’est toi, c’est nous, personne.

Nos destins se ressemblent tant.

Tant que déchiré j’en frissonne,

Tant que j’en ai le cœur battant.

 

D’abord poupon jailli des brumes,

La vie étrange a la couleur

De somptueux rêves de plumes

Au nid du jour ensorceleur.

 

Enfant plus tard, l’aube s’entrouvre.

Les pas conquièrent d’autres cieux,

Et nous réinventons le Louvre

A la lumière de nos yeux.

 

L’adolescence alors venue,

L’idéal gifle le réel

Sans fatigue, sans retenue

Car notre monde est si cruel !

 

Puis jetant l’obole ou l’insulte,

Ou fraternel, ou vil et dur,

Apparaît enfin l’homme adulte

Dans son habit en clair-obscur.

 

Après ? Faut-il que je le dise ?

La vieillesse au bout du chemin

A laquelle avec gourmandise

La mort vorace tend la main…

 

Mais écoute là sur ma joue

Aux sons de l’espoir entêté,

Une promesse qui rejoue

Un air nouveau d’éternité.

 

 

Poème inédit de "La Blessure des Mots"

 

 

 

Par Thierry CABOT
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Mercredi 11 septembre 2013 3 11 /09 /Sep /2013 17:01

 

Depuis cinq mois, la chambre neuve attend Romaine.

O chers babils ! comme vous serez bienvenus.

Du berceau qui languit semaine après semaine,

Monte un amour plus saint que tous les dons connus.

 

Son petit nom choyé sonne telle une gloire ;

D’une aube à l’autre, il est le seul qu’on veut ouïr.

La layette déborde aux recoins de l’armoire

Et maint jouet rêve à ses doigts pour l’éblouir.

 

Pâle, songeuse, ouvrant des lendemains féeriques,

La blonde mère agite un arc-en-ciel de vœux.

Même les coups reçus lui parlent d’Amériques

Où galopent ces mots : "je la veux, je la veux".

 

Le père à moitié fou câline son beau ventre.

Quel doux miracle ! A qui va-t-elle ressembler ?

De tout, elle est l’écho, de tout, elle est le centre,

L’ineffable Romaine ardente à s’envoler.

 

Le soir les rend confus de chaudes griseries,

Le matin virginal se colore de chants ;

Et par-delà le monde, avec des mains fleuries,

L’enfant jette à leur cou ses menus bras touchants.

 

                                    -

 

Mais la mort frappe aussi les chérubins sans âge.

Aucun cri n’est venu resplendir ce jour-là.

La maison endeuillée a changé de visage.

Leurs yeux, leurs pauvres yeux ont perdu tout éclat.

 

Ils n’entendront jamais son gazouillis céleste.

Le destin fourbe et sot l’a prise en criminel.

Au bout de tant d’amour, comme tombe, il ne reste

Que cette chambre vide au silence éternel.

 

 

Poème inédit de "La Blessure des Mots"

Par Thierry CABOT
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Mercredi 11 septembre 2013 3 11 /09 /Sep /2013 11:29

Pendant qu'un mal hideux sur vos langues, pavoise
Et que vous arborez les haillons du néant,
L'éphémère à la bouche et la lèvre sournoise,
Veules comme des pleurs mangés par l'océan ;

Pendant que, sans répit, votre bile malsaine
Traîne, nauséabonde, une âme d'urinoir
Et que de la colère, idiots jusqu'à l'obscène,
Vous ne cessez jamais de vomir le sang noir ;

Pendant que sous l'oeil froid des aveugles machines,
Tout à votre labeur insane et belliqueux,
Avec indignité, vous ployez vos échines
En salissant les murs de mensonges visqueux ;

Pendant que les yeux secs, la lippe larmoyante,
Entre faux catéchisme et confuses rancoeurs,
Du haut de votre Olympe à la haine aboyante,
Vous contemplez l'abîme où gargouillent vos coeurs ;

Pendant, pendant aussi que, monstrueux ou presque,
Ignobles dans un siècle affalé dans le pus,
Le rire chevauchant l'ambition grotesque
Et le ventre agité d'égoïsmes repus,

Oh ! pendant que remplis de la note suave
Du coassement laid des crapauds, tout à coup
Vous mettez à vous seuls, tout pleins de votre bave,
Le sordide au pinacle et le rêve à l'égout ;

Oui ! Pendant que l'orgueil enflé par la sottise,
L'esprit dégoulinant jusqu'au fond des trottoirs,
Méchants à rendre folle une terre promise,
Consternants à changer les saints en dépotoirs,

Vieux paquets furieux autant que ridicules,
Jarret haut, babil vague et tendons chatouillés,
Vous écorchez le sol de vos pas minuscules
Comme si l'univers eût gémi sous vos pieds ;

Pendant que vos nez mous aux rictus affairistes
Hument, soir et matin, le fumet du magot,
Que déjà bouffis d'or dans des poulaillers tristes,
Vous allez caquetant pour soigner votre ego ;

Pendant... pendant qu'enfin, ô bouffons, ô cloportes !
O pourceaux grimaçants, ô doublures d'humains !
Tous traîtres à la vie allongée à vos portes,
Vous insultez le beau qui vous ouvre les mains ;

Une douleur me gifle, âcre, toujours la même,
Hérissée à ma joue inconsolablement,
Car ce qu'en vous je hais, je l'abhorre en moi-même,
Car je ne suis pas moins infâme ni dément.

Ah ! c'est mon coeur entier que ce tableau fouette !
Au fracas de nos cris ! aux coups de nos jeux bas !
A la fureur desquels l'existence muette
Se blesse chaque jour de stériles combats.

Je vois s'époumoner cent défaites livides,
J'entends hurler notre âme orpheline et sans Dieu,
Je frissonne devant nos cathédrales vides,
Plus pâle qu'un remords, plus glacé qu'un adieu.

Sur moi roulent ensemble et les loups et les fauves
Enragés à ma perte, éblouis de ma peur,
Et je tremble aux périls des solitudes fauves
Dont l'image sanglote avec fièvre et stupeur.

Je suis vos abandons, je suis vos faces mortes,
Je suis l'appel terrible écrasé par le fer,
Je suis vos mots sanglés en de viles cohortes,
Qui, dans leur paradis, ne parlent que d'enfer.

Comme vous, comme vous, ô débâcle, ô déroute !
J'ai gardé le poison d'un regret plein d'effroi,
Puis sur ma lèvre, hélas, parmi l'ombre et le doute,
La même question douloureuse : " pourquoi ? "

Oh ! Pourquoi ? Nous avions le monde à nos fenêtres ;
L'espace nous comblait du rire de l'éveil ;
L'azur amoncelait des étoiles champêtres
Et des ravissements de houle et de soleil ;

Les jours mélodieux fusaient tels des dimanches ;
Chaque heure, chaque instant nous voulait plus épris ;
L'amour jetait au loin de longues routes blanches
Couvertes de parfums et de baisers fleuris ;

Nous étions conviés à de splendides messes
Où les orgues du ciel filaient leurs sons joyeux ;
Le matin agitait ses cloches, ses promesses,
Comme un beau livre nu palpitant sous nos yeux ;

Dans une farandole élevée autour d'elle,
La vie étincelante acclamait le divin ;
Le temps semblait pareil à quelque frisson d'aile
Célébrant en secret des poèmes sans fin ;

O nous étions choisis pour une neuve histoire !
L'avenir subjugué faisait frémir nos voix ;
L'espérance à grands flots hâtait notre victoire
Avec des élans fiers et soyeux à la fois ;

Et, musique infinie au chevet de nos âmes,
Tous les dons soulevés en mille gerbes d'or,
Déployaient leurs longs cris plus doux que des sésames,
De l'aurore vibrante à la nuit qui s'endort...

Mais quoi ! Mais quoi ! Tout n'est soudain qu'un mauvais rêve !
Le commun foule aux pieds mes chimères d'enfant !
Puis cette vision magnifique s'achève
Par un vide cruel dont nul ne me défend !

L'horizon devant moi se disloque et se fane ;
Je retrouve bientôt mon pain lavé d'ennui
Et les lâches travaux et la fange profane
Que dévore sans cesse un inutile bruit.


Ah, mon Dieu ! Nous pouvions du moins vivre en beaux hommes,
Nos destins méconnus si vite clairsemés.
Un regard nous eût faits meilleurs que nous ne sommes,
Nous pouvions être ceux que le bien eût aimés,

Et demeurer un peu, malgré tant d'aubes grises,
L'adorable angelot qui, dans son berceau clair,
De ses doigts potelés sème des fleurs exquises
En souriant aux mots éparpillés dans l'air.


Poème extrait de " La Blessure des Mots "  

http://www.elpediteur.com/catalogue.htm#cabot




 

Par Thierry CABOT
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Mercredi 11 septembre 2013 3 11 /09 /Sep /2013 11:29

Thierry_Cabot_-_Les_beaux_hommes_V2.mp3



Pendant qu'un mal hideux sur vos langues, pavoise
Et que vous arborez les haillons du néant,
L'éphémère à la bouche et la lèvre sournoise,
Veules comme des pleurs mangés par l'océan ;

Pendant que, sans répit, votre bile malsaine
Traîne, nauséabonde, une âme d'urinoir
Et que de la colère, idiots jusqu'à l'obscène,
Vous ne cessez jamais de vomir le sang noir ;

Pendant que sous l'oeil froid des aveugles machines,
Tout à votre labeur insane et belliqueux,
Avec indignité, vous ployez vos échines
En salissant les murs de mensonges visqueux ;

Pendant que les yeux secs, la lippe larmoyante,
Entre faux catéchisme et confuses rancoeurs,
Du haut de votre Olympe à la haine aboyante,
Vous contemplez l'abîme où gargouillent vos coeurs ;

Pendant, pendant aussi que, monstrueux ou presque,
Ignobles dans un siècle affalé dans le pus,
Le rire chevauchant l'ambition grotesque
Et le ventre agité d'égoïsmes repus,

Oh ! pendant que remplis de la note suave
Du coassement laid des crapauds, tout à coup
Vous mettez à vous seuls, tout pleins de votre bave,
Le sordide au pinacle et le rêve à l'égout ;

Oui ! Pendant que l'orgueil enflé par la sottise,
L'esprit dégoulinant jusqu'au fond des trottoirs,
Méchants à rendre folle une terre promise,
Consternants à changer les saints en dépotoirs,

Vieux paquets furieux autant que ridicules,
Jarret haut, babil vague et tendons chatouillés,
Vous écorchez le sol de vos pas minuscules
Comme si l'univers eût gémi sous vos pieds ;

Pendant que vos nez mous aux rictus affairistes
Hument, soir et matin, le fumet du magot,
Que déjà bouffis d'or dans des poulaillers tristes,
Vous allez caquetant pour soigner votre ego ;

Pendant... pendant qu'enfin, ô bouffons, ô cloportes !
O pourceaux grimaçants, ô doublures d'humains !
Tous traîtres à la vie allongée à vos portes,
Vous insultez le beau qui vous ouvre les mains ;

Une douleur me gifle, âcre, toujours la même,
Hérissée à ma joue inconsolablement,
Car ce qu'en vous je hais, je l'abhorre en moi-même,
Car je ne suis pas moins infâme ni dément.

Ah ! c'est mon coeur entier que ce tableau fouette !
Au fracas de nos cris ! aux coups de nos jeux bas !
A la fureur desquels l'existence muette
Se blesse chaque jour de stériles combats.

Je vois s'époumoner cent défaites livides,
J'entends hurler notre âme orpheline et sans Dieu,
Je frissonne devant nos cathédrales vides,
Plus pâle qu'un remords, plus glacé qu'un adieu.

Sur moi roulent ensemble et les loups et les fauves
Enragés à ma perte, éblouis de ma peur,
Et je tremble aux périls des solitudes fauves
Dont l'image sanglote avec fièvre et stupeur.

Je suis vos abandons, je suis vos faces mortes,
Je suis l'appel terrible écrasé par le fer,
Je suis vos mots sanglés en de viles cohortes,
Qui, dans leur paradis, ne parlent que d'enfer.

Comme vous, comme vous, ô débâcle, ô déroute !
J'ai gardé le poison d'un regret plein d'effroi,
Puis sur ma lèvre, hélas, parmi l'ombre et le doute,
La même question douloureuse : " pourquoi ? "

Oh ! Pourquoi ? Nous avions le monde à nos fenêtres ;
L'espace nous comblait du rire de l'éveil ;
L'azur amoncelait des étoiles champêtres
Et des ravissements de houle et de soleil ;

Les jours mélodieux fusaient tels des dimanches ;
Chaque heure, chaque instant nous voulait plus épris ;
L'amour jetait au loin de longues routes blanches
Couvertes de parfums et de baisers fleuris ;

Nous étions conviés à de splendides messes
Où les orgues du ciel filaient leurs sons joyeux ;
Le matin agitait ses cloches, ses promesses,
Comme un beau livre nu palpitant sous nos yeux ;

Dans une farandole élevée autour d'elle,
La vie étincelante acclamait le divin ;
Le temps semblait pareil à quelque frisson d'aile
Célébrant en secret des poèmes sans fin ;

O nous étions choisis pour une neuve histoire !
L'avenir subjugué faisait frémir nos voix ;
L'espérance à grands flots hâtait notre victoire
Avec des élans fiers et soyeux à la fois ;

Et, musique infinie au chevet de nos âmes,
Tous les dons soulevés en mille gerbes d'or,
Déployaient leurs longs cris plus doux que des sésames,
De l'aurore vibrante à la nuit qui s'endort...

Mais quoi ! Mais quoi ! Tout n'est soudain qu'un mauvais rêve !
Le commun foule aux pieds mes chimères d'enfant !
Puis cette vision magnifique s'achève
Par un vide cruel dont nul ne me défend !

L'horizon devant moi se disloque et se fane ;
Je retrouve bientôt mon pain lavé d'ennui
Et les lâches travaux et la fange profane
Que dévore sans cesse un inutile bruit.


Ah, mon Dieu ! Nous pouvions du moins vivre en beaux hommes,
Nos destins méconnus si vite clairsemés.
Un regard nous eût faits meilleurs que nous ne sommes,
Nous pouvions être ceux que le bien eût aimés,

Et demeurer un peu, malgré tant d'aubes grises,
L'adorable angelot qui, dans son berceau clair,
De ses doigts potelés sème des fleurs exquises
En souriant aux mots éparpillés dans l'air.


Poème extrait de " La Blessure des Mots "  

http://www.elpediteur.com/catalogue.htm#cabot





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