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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 15:01




Sur le quai fauve et noir empli de moiteurs sales,
Les âges se défont au rythme aigu des trains...
Voici longtemps. Peut-être en mai. Comme en rafales,
Des houles de joie ivre incendiaient mes reins.

J'avais les yeux ravis et comblés de l'enfance.
La magie à ma lèvre où fusait le bonheur,
Inondait le ciel chaud d'un rêve sans défense
Plus naïvement clair que l'envol d'une fleur.

La gare en fièvre s'agitait à perdre haleine ;
Le vent soûl balayait le matin finissant,
Et tout à coup je vis, dans un souffle de laine,
Sourire jusqu'à moi ton pas resplendissant.

Mes bras tendus au point de soulever le monde,
Capturèrent le baume ailé de tes cheveux
Alors que, titubante au bout d'un soir immonde,
Une vieille passait, les doigts fous et nerveux.


Nous étions le miroir béni de toute chose ;
Les chatoiements de l'heure embellissaient nos mains.
Irréelle et chantant, la fière ville rose
Alignait ses toits purs et ses féconds chemins.
 

O couple aveugle au temps dont saigne l'ombre infâme !
Ta jeunesse coulait en lumineux accords,
Et nul regard ne vint arracher cette femme
Au néant qui bientôt lui mangerait le corps...

 

Le même quai... plus tard, sans que tu me revoies.
Déjà rien que l'infime écume d'un grand jour,
A peine un blanc fantôme errant le long des voies
Tandis que, chargé d'ans, je titube à mon tour.

Ton image noyée au fond de l'amertume,
Est une eau pâle et trouble égarée en mes yeux,
Un murmure de soie enfoui sous la brume,
Une âme frissonnante au bord de vagues cieux.

Et le limon obscur des mois et des années
A glacé mon visage et fendillé mon cou ;
Si parfois j'ai bu tant d'espérances bien nées,
J'ai vingt fois du destin essuyé le vil coup.

Or là comme jadis, la foule bourdonnante
Gronde avec l'appétit d'un long fleuve qui croît ;
Comme jadis, au loin, charmeuse et fascinante,
Toulouse rit toujours dans le beau soleil roi.

Affaibli par cent maux où l'enfer se dessine,
Je longe le vieux quai plein de moites relents
Quand devant moi soudain, ô brûlure assassine !
Pareil au nôtre, un couple unit ses voeux tremblants.

Il ne me connaît pas. Les trains vont, à la file.
Une brise d'amour me flagelle et me mord.
Et vaincu, las de tout, pauvre chose débile,
Je m'abats sur le sol en épousant la mort.


Poème extrait de " La Blessure des Mots "

 

 

Il n'est rien, il est tout

 

Il n'est rien dans le soir déchiqueté de brume,

Rien dans le sein mûri des monts en archipel,

Rien encore au soleil où le matin s'enrhume,

Rien toujours au vent mauve aigu comme un scalpel.

 

Il n'est que chute, ardeur, faille, combat sans terme ;

Une porte blessée au bout d'un long couloir,

Qui tantôt s'entrebâille et tantôt se referme

Avec sur ses vieux gonds l'être et le non-vouloir...

 

Mais tout le sacre lui, l'orphelin, l'inutile,

Le gueux, le nain, le veuf ému près des ormeaux.

Parmi la foule étrange, il passe humble et fertile

Coudoyant les regards, les couleurs et les mots.

 

Tout parle à son coeur plein, tout vibre à son oreille,

Tout chante à son esprit ébouriffé de sons.

La mer qui se déchaîne en sa plume est pareille

Au bondissement bleu des ultimes frissons.

 

Elu, tremblant, choisi pour les plus claires tâches,

Il assène au quidam ces propos mitonnés :

"Si mon habit confus laisse voir quelques taches,

Voit-on celles que montre un homme aux yeux fanés ?"

 

Les siens captent l'éclair du multiple et du nombre.

Le chèvrefeuille y danse écumeux, essentiel.

Sous leur caresse fauve, et la lumière et l'ombre

Ensemencent d'amour l'inaltérable ciel.

 

Devant les éboulis des solitudes blanches,

Il sait de reconquête en éblouissement,

Gravir les sommets purs embellis de pervenches

Par le baiser d'un vers fait souffle et diamant.

 

Violon, piano, flûte, cor, mandoline :

Chaque note éployée agite un flux vermeil ;

Comme l'enfant tout neuf riant sur la colline,

Comme le joyau tendre échappé du sommeil.

 

A l'infini caché le long des folles berges,

Combien il sait répondre, esthète radieux.

Dans les ports, les hameaux, les gares, les auberges,

Ses rêves font briller d'inconnaissables dieux...

 

Il est tout, même un soir déchiqueté de brume,

Tout dans le sein mûri des monts en archipel,

Tout encore au soleil où le matin s'enrhume,

Oui tout, même au vent mauve aigu comme un scalpel.

 

Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"

 

 

scopalto.com

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Published by Thierry CABOT
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commentaires

marlou 11/07/2012 05:11

Un pas précieux vers la perfection des vers ! Merci pour ton travail d'orfèvre, et pour l'émotion en partage...
Amitiés
Je te rappelle ma nouvelle adresse
http://textetexte.eklablog.com./

hostel berlin 03/03/2009 00:07

Gut!

Thierry CABOT 03/03/2009 18:44



Vielen Dank !



blog hosting 21/02/2009 10:51

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Bifane 20/01/2009 17:17

Puissante évocation du cours des choses, des voies sinueuses de nos amours, de l'heure naissante à l'heure défunte. Et ce lent renoncement de l'âme à comprendre, qui transpire d'entre tes vers, ce n'est presque qu'un silence, mais lourd de sens, et, est-il besoin de le souligner, joliment servi par ta poésie...

Thierry CABOT 20/01/2009 22:16



Quel beau commentaire !
Décidément, l'auteur d'un poème est rarement celui qui en parle le mieux.
Merci infiniment, Bifane.


Thierry 



lutin 09/01/2009 18:56

Bonne année remplie d'écriture, la vraie, celle que l'on oublie pas et que l'on relit

Thierry CABOT 09/01/2009 20:50


Combien votre message me procure de plaisir !
Bien amicalement.
A bientôt.

Thierry


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  • : Il réunit des textes extraits de mon oeuvre poétique intitulée : " La Blessure des Mots "
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