Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:01

 

Depuis cinq mois, la chambre neuve attend Romaine.

O chers babils ! comme vous serez bienvenus.

Du berceau qui languit semaine après semaine,

Monte un amour plus saint que tous les dons connus.

 

Son petit nom choyé sonne telle une gloire ;

D’une aube à l’autre, il est le seul qu’on veut ouïr.

La layette déborde aux recoins de l’armoire

Et maint jouet rêve à ses doigts pour l’éblouir.

 

Pâle, songeuse, ouvrant des lendemains féeriques,

La blonde mère agite un arc-en-ciel de vœux.

Même les coups reçus lui parlent d’Amériques

Où galopent ces mots : "je la veux, je la veux".

 

Le père à moitié fou câline son beau ventre.

Quel doux miracle ! A qui va-t-elle ressembler ?

De tout, elle est l’écho, de tout, elle est le centre,

L’ineffable Romaine ardente à s’envoler.

 

Le soir les rend confus de chaudes griseries,

Le matin virginal se colore de chants ;

Et par-delà le monde, avec des mains fleuries,

L’enfant jette à leur cou ses menus bras touchants.

 

                                    -

 

Mais la mort frappe aussi les chérubins sans âge.

Aucun cri n’est venu resplendir ce jour-là.

La maison endeuillée a changé de visage.

Leurs yeux, leurs pauvres yeux ont perdu tout éclat.

 

Ils n’entendront jamais son gazouillis céleste.

Le destin fourbe et sot l’a prise en criminel.

Au bout de tant d’amour, comme tombe, il ne reste

Que cette chambre vide au silence éternel.

 

Poème extrait de "La Blessure des Mots"

 

 

 

L'automne d'une vie

 

L'espace d'une idylle ou le temps d'une aubade,

Va mille beaux instants,

Par-delà tout orgueil, prendre à la dérobade

Le feu d'un autre temps.

 

Jusqu'au soir, comme aveugle au milieu de ses leurres,

La vie encore bout,

Et tant pis si des jours et tant pis si des heures,

Nul ne connaît le bout.

 

Ce qu'avait accompli ta jeunesse gourmande,

Est-ce un éclat défait ?

Et ton regard si long sur tes yeux en amande

Aurait-il moins d'effet ?

 

Tu viens d'atteindre l'âge où les ans courent vite

Sous une robe à pois ;

L'âge dont quelle femme habilement n'évite

De révéler le poids !

 

Mais qu'importe le choc des multiples aurores,

Le cortège des nuits ;

Tu marches le sein haut, pleine d'ardeurs sonores

Balayant les ennuis.

 

Plus belle à chaque pas, noble, mystérieuse,

Sourde même au déclin,

Il semble qu'à tes pieds l'existence rieuse

Sème l'or et le lin.

 

Avec dllection, tu rends presque éternelle

La semaine à venir,

Et le ciel caressé du coin de ta prunelle

Feint de t'appartenir.

 

Blonde étoile en essor, lumineuse fleur blanche,

Automne rayonnant,

Chez toi, le vrai bonheur monte, vibre et s'épanche

Superbe et foisonnant.

 

Eloigne l'avant-goût des chairs bientôt fanées,

Les ombres du cercueil ;

Tes battements de coeur éclipsent les années,

Ton rire étouffe un deuil.

 

A travers les chemins où vivre est une fête,

Ose emporter l'amour,

Avant que ta royale et chaude silhouette

S'efface au point du jour.

 

Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry CABOT
commenter cet article

commentaires

marlou 16/02/2013 06:42

Une des grandes douleurs que la vie peut donner...
Tu as trouvé les mots pour la dire.Merci du partage.
Amitiés

Thierry CABOT 16/02/2013 08:20



Merci beaucoup Marlou.


Quoi de pire en effet que la perte d'un enfant !


Bien amicalement et à bientôt.


Thierry


 


 



Nadine 14/02/2013 23:42

Trop souvent, nous prenons pour acquis que les mots du poète sont une fenêtre ouverte sur son âme. Et pourtant, je sais très bien que mes propres écrits se veulent souvent des mots de tendresse
vers la détresse de l'autre...
Quoi qu'il en soit, pour avoir vécu ce genre de situation, j'aimerais dire merci au poète en vous d'avoir tendu la main vers une grande source de souffrance.
Mes amitiés
Nadine

Thierry CABOT 15/02/2013 10:15



Chère Nadine


Je suis bien peiné d'apprendre que vous avez vécu un tel drame.


Les poètes sont souvent des plaques de résonance des malheurs et des bonheurs qui les entourent. Tout est affaire de sensibilité.


L'ouverture à "la détresse de l'autre" est essentielle.


A bientôt et merci.


Thierry



Nadine 14/02/2013 22:00

Que de tristesse en ces mots. Petite vie envolée, trop vite, injustement…
Le destin est parfois cruel. Il pose au-dessus de l'attente, des espoirs et du rêve, un grand nuage de douleurs inqualifiables, que même le temps arrive à peine à apaiser.
Je suis désolée...
Mes amitiés Thierry
Nadine

Thierry CABOT 14/02/2013 22:26



Merci Nadine pour vos mots si touchants.


Cette oeuvre m'a été inspirée par un douloureux fait divers.  


A bientôt. Bien amicalement.


Thierry



Présentation

  • : Thierry CABOT
  •  Thierry CABOT
  • : Il réunit des textes extraits de mon oeuvre poétique intitulée : " La Blessure des Mots "
  • Contact

Recherche

Pages

Liens