Il réunit des textes extraits de mon oeuvre poétique intitulée : " La Blessure des Mots "
Mots clés de l'oeuvre : lyrisme, versification, prosodie, soutien de Paul Guth, poésie d'aujourd'hui, émotion, sensibilité.
Ils rôdent, spécieux, le long des couloirs glauques,
Nourris de hargne molle et de sots règlements,
L'esprit tout emmuré dans de vains soliloques
Où l'Etat vermoulu vide ses excréments.
Autour d'eux, ce ne sont que blâmes et requêtes
Vomis sous la grammaire aveugle des décrets ;
Ce ne sont que doigts secs blêmis par les enquêtes
Et les mesquins travaux délirants et secrets.
Pour ceux que leur bêtise épouvantable lorgne,
Ils mâchent des courriers soigneusement pervers
Au fil desquels aboie un code étrange et borgne
A cause de trois mots alignés de travers.
L'oeil torve du mépris leur tient lieu de réponse
Si quelque fou rebelle ose élever la voix,
Ou mieux, ils vont crachant une raide semonce
Fière comme un nigaud juché sur un pavois...
Bureaucrates vengeurs affamés jusqu'à mordre,
Gratte-papiers goulus à l'aplomb infernal,
Ils sauront d'un oukase enflé tel un mot d'ordre,
Nous assigner un jour devant leur tribunal.
Et loup parmi les loups dans cette horrible enceinte,
L'un ou l'autre demain nous brisera le front,
Puis sur l'autel sanglant d'une loi sacro-sainte,
Ils nous dévoreront ! ils nous dévoreront !
Poème extrait de " La Blessure des Mots "
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Crépuscule
Tout au loin, par-dessus la mémoire enneigée,
Tremblote une lueur au soupir grelottant.
Que bafouille le monde avec sa voix plongée
Dans l'incommensurable énigme de l'étant ?
Sais-je encore moi-même où j'incline la tête ?
Aujourd'hui si fugace a des airs d'autrefois.
Je promène l'écho d'un ancien quintette
Dont chaque note ailleurs scintilla tant de fois.
Veille ou sommeil, qui mord ainsi ma chair pensante ?
Qui me tue à feu doux ? O poids du sablier !
Accentuant la ride effilée, oppressante
Que l'on voudrait sans cesse abolir, oublier.
Quels visages défunts autour de moi s'emmêlent ?
Je croule face au temps comme saigne un martyr ;
Et près des dieux blessés qui morfondus grommellent,
Il ne me reste plus de grand songe à bâtir.
Bâtir quoi ? Le jour mort dessèche ma figure.
L'hiver mange l'été depuis trop de longs soirs.
Age tendre, jeunesse ; aucun ne se figure
Comment les vieillards gris bredouillent leurs bonsoirs.
L'oeil écumeux, parmi la foule obscure et vague,
Je crois voir s'établir toutes les nations,
Puis les siècles portés par une immense vague,
Renverser tour à tour les générations.
La mienne déjà pleure, usée au bord des tombes.
Elle appelle en lambeaux l'enfance là qui luit.
"Mon vieux corps" dis-je amer, "sur le sol, tu retombes
Avant de te coucher, nul ne sait quand, sous lui."
Fourbe, un idéal feint d'ailer son parachute
Et me hache les os à souffrir et souffrir.
Dois-je vers l'ombre ultime errer de chute en chute ?
Dois-je étreindre le mal cent fois pour en mourir ?
Poème inédit extrait de "La Blessure des Mots"