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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 07:56

A force d’être lâche et recroquevillée,

Tu n’es déjà plus celle où vibraient nos couleurs,

Ma France à la voix trouble, à la lèvre écaillée,

Qui dans le fiel recuit saccage tes valeurs.

 

Quoi ! ne serais-tu plus qu’une harpe geignante,

Qu’une chaloupe borgne assoupie en un coin ?

Mon pays tant couvé d’une flamme poignante

Contre lequel je lève, abasourdi, le poing.

 

Sur les sentiers blafards, comment te reconnaître ?

Tu glisses vers la nuit, comme terne à jamais ;

Esclave du falot, clairon vil du non-être

Et lézardant les lois pour d’ignobles fumets.

 

Ma patrie enjôleuse aux manières de gaupe,

Ton quatorze juillet feint de nous rendre égaux ;

Mais il me semble choir au fond d’un trou de taupe

Quand je te vois glapir, laide sous les ragots.

 

Oh ! dis-le moi, qu’es-tu devenue en ce monde ?

Trop de sales forfaits maculent ton habit,

Marianne que j’aime et devant qui je gronde

Comme un enfant rageur dont l’œil noir s’ébaubit.

 

Cocoricos stridents, mots galeux, haines molles,

Où se cache ma France au long passé vainqueur ?

Ah ! se peut-il qu’un jour piètrement tu t’immoles

Telle une vieille dame ayant perdu son cœur ?

 

Se peut-il que tombée au milieu de la fange,

A l’histoire elle seule, hélas, après-demain,

Tu laisses ta grandeur belle, inouïe, étrange,

La lyre agenouillée ou l’injure à la main ?

 

Non ! si te consumant d’avanie en dispute,

Toi-même devais tendre une joue au bourreau,

Je ne saurais une heure imaginer ta chute,

Mon foyer, mon terroir, mon sang, mon boléro.

 

On les entend, émus, jusqu’au bout de la terre,

Ceux chez qui flotte au vent ton drapeau sans visa,

Eux non plus ne voudraient que les genoux à terre,

Leur idéal fécond tout à coup se brisât.

 

Déserte les nids morts et les scènes éteintes,

Piétine du regard le dédain convulsé,

Ma mère pitoyable aux aboyeuses plaintes

Vers laquelle je crie : "assez ! assez ! assez !" 

 

Il n’appartient qu’à toi de mûrir avec force

Dans nos matins d’orgueil les champs du renouveau,

A toi de balayer la rancune retorse

Pour filer, glorieuse, un splendide écheveau.

 

Mon Dieu ! voilà que sourd en fleuves d’harmonie

L’océan jeune et clair d’une âme en plein essor ;

Ranime tes vieux os, rallume ton génie,

Ma France à qui toujours sera lié mon sort.

 

 

Poème extrait de "La Blessure des Mots"

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Published by Thierry CABOT
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marlou 25/04/2013 19:52

Malgré tout cette part d'amour restera trésor au coeur fidèle à ses couleurs...
Demain est un autre jour.
Amitiés

Thierry CABOT 25/04/2013 22:58



Merci pour vos mots si judicieusement choisis, Marlou.


Ce poème est à la fois une diatribe et un chant d'amour adressés à mon pays.


Bien amicalement.


Thierry



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  • : Thierry CABOT
  •  Thierry CABOT
  • : Il réunit des textes extraits de mon oeuvre poétique intitulée : " La Blessure des Mots "
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