Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 18:14

Mots clés de la Blessure des Mots : lyrisme, versification, prosodie, soutien de Paul Guth, poésie d'aujourd'hui, émotion, sensibilité.

 

 

 

Secoue au moins le vide insultant qui te borne

Avec l'oeil nébuleux d'une revêche nuit.

Ne goûte plus jusqu'à vomir le crachat morne

Du médiocre qu'étouffe une écharpe d'ennui.

 

Hume tes mots, sème ta voix, hisse tes rêves,

Décapite les murs flageolants à moitié,

Et fais encore en magicien des blondes grèves

S'élargir sous ta foi l'horizon tout entier.

 

Que peuvent les corbeaux que la vermine écrase ?

N'es-tu pas né pour vivre et plus noble et plus grand,

Né pour saisir et mordre au sel de toute phrase

Un peu du coeur naïf d'un soleil pénétrant ?

 

N'es-tu pas là, si fort et si plein de toi-même,

Si royalement jeune et constellé d'ardeurs,

Oui tellement chéri par l'immensité même

Qu'un enfant y boirait ses futures splendeurs ?

 

Le monde est vieux, bien sûr, mais l'aube n'a point d'âge.

Les jours sonnent, vêtus comme d'amples secrets.

Au-delà de tes mains, l'heure en vagabondage

Imprime à chaque élan on ne sait quoi de frais.

 

Le beau ciel presque nu teint les eaux rayonnantes.

La mer adamantine a des jeux orgueilleux.

Du fond de leurs clameur, soûles, tourbillonnantes,

Les vagues à l'envi brassent le merveilleux.

 

Vois trembler le matin à la musique neuve

Et vers l'azur égal sangloter les embruns,

Cueille le songe auquel ton infini s'abreuve

Quand, délice d'écume, il jaillit des flots bruns.

 

Oh ! combien il te faut de soifs à ta mesure,

Combien... combien tu veux, libre d'aucun soutien,

Ici toujours, malgré la haine et la brisure,

Déchirer l'habit sale où le vil te retient !

 

Sur les lames, regarde ! Un vol blanc de mouettes

Embrasse l'or liquide au souffle bondissant ;

Car il n'est Miel dont maintes fois tu ne souhaites

Sentir à pleins poumons le goût bouleversant.

 

Plus loin, dans la ferveur capiteuse et la gloire,

Le vent large médite au seuil de l'éternel,

Et la lumière aiguë aux feux de sa mémoire

Rend le monde à son verbe immense et fraternel.

 

O rien ne dit assez l'éclat de ta naissance!

L'onde croule sans fin de chavirants échos.

En toi monte et s'agite une claire puissance

Mêlée à la chaleur des roulis amicaux.

 

Hymnes, fécondité, parfums d'avant déluge,

La mer lave les rocs ; l'air est délicieux.

Va d'une seule haleine y puiser un refuge,

Plein du sang de ton coeur ! plein du cri de tes yeux !

 

 

 Poème extrait de "La Blessure des Mots"

http://www.elpediteur.com/catalogue.htm#cabot

 

 

 

http://www.audiocite.net

 

 

Par Thierry CABOT
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