Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 15:00

 



Thierry Cabot, La Blessure des Mots, poèmes. ÉLP éditeur (www.elpediteur.com), 2011

 

Voici, serein, blafard et fier, un puissant recueil de cent trente poèmes versifiés, armaturés, ciselés. La Blessure des Mots est un exercice solidement formulé et indubitablement généreux dans la forme, tout en s’avérant empreint d’une cuisante tristesse intimiste dans le fond. Vieillissement, mort, amours racornis, perte de la foi, futilité du fond des choses, modernité en capilotade, religiosité déchue, métaphysique dérisoire. On sent tous les effluves délétères du bilan de vie et de l’apposition des cachets sur l’huis ligneux d’une époque. Mais c’est quand même un bilan de vie qui chante, qui psalmodie, qui récite en cadence et qui voit, à l’oeil nu, la musique, comme on voit, inexorable, le grain ferme et froid d’une gueuse de fer. La force d’évocation de ces textes est absolument remarquable. Moi, qui mobilise prioritairement la poésie pour peindre et visualiser des miniatures, j’ai senti la vigueur, la solidité, la langueur, liquide et dense, du ressac sensoriel et émotif, quand Cabot m’a ramené au Pays des Plages, en un tout petit matin d’été, sur le port.

 

Un matin d’été sur le port

 

Ayant vaincu la nuit, l'aurore toute molle
Semble un long drap laiteux piqué de veines d'or,
Comme si jusqu'au sein de la blancheur qui dort,
Des fils de diamants tissaient une auréole.

 

Puis vaporeuse et blonde à la pointe du môle,
Tout à coup la nue ivre éclabousse le port
Et le vent secoué d'un magique transport,
Déguste à l'infini la lumière qu'il frôle.

 

Les barques scintillant sur le tapis des eaux,
Avec sublimité, vibrent de chants d'oiseaux ;
Le grand ciel ingénu fait pétiller chaque âme ;

 

Et le soleil toujours plus vaste et glorieux,
Dans la tiédeur marine où se jette sa flamme,
Caresse longuement tous les cœurs et les yeux.

 

Thierry Cabot, et je suis inconditionnellement à ses côté là-dessus, nous confirme, sans ambivalence ni tergiversation, que la poésie versifiée est toujours avec nous, et sublimement vigoureuse. Il cultive l’alexandrin (comme Jacques Brel dans Les Flamingants), le décasyllabique (comme Georges Brassens, dans La chasse aux papillons), l’octosyllabique (comme Raymond Lévesque dans Quand les hommes vivront d’amour), le demi-alexandrin (comme le parolier d’Édith Piaf, dans Milord) et bien d’autres formes versifiées aussi, régulières ou plus irrégulières. Et, oh, il y a de l’indubitable, monumental et pacifié, dans les références poétiques qu’il promeut, en sus, implicitement ou explicitement. Dans le poème Mon panthéon poétique, Thierry Cabot nous aligne en effet le chapelet de ses maîtres: François Villon, Pierre de Ronsard, Alfred de Vigny, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Émile Nelligan, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry, Henri Michaux et René Char. Les ancêtres y sont bel et bien. Ils font puissamment sentir leur présence, à chaque page. N’y voyez surtout pas le triomphalisme rigide d’un académisme fixiste. C’est tout le contraire qui s’impose à nous, au fil de la déclamation qui sonne. C’est triste, c’est cuisant, c’est grandiose, mais nul autre ne sait nous dire comme Thierry Cabot que, de fait, il n’est rien d’éternel et rien de dogmatique.

 

Ah ! Ne savons-nous pas que tout se décompose,
Que l'aube court déjà, tremblante, vers le soir,
Que nous ne respirons jamais la même rose,
Que tout succède à tout et se fond dans le noir ?

 

Paul Laurendeau
juin 2011


 

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Par Thierry CABOT
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Commentaires

Quand la blessure des mots deviennent beauté.....et guérissent nos maux..le mal par le mal comme l'homéopathie...
J'ai mis en ligne mon dernier billet
un très bon week-end
Amicalement
Patrick
Commentaire n°1 posté par le ch'timi le 17/06/2011 à 19h28

Cher Patrick,

Mille fois merci pour votre beau message !

Je vais m'empresser de lire votre dernier billet.

Bien amicalement.

Thierry

Réponse de Thierry CABOT le 17/06/2011 à 20h16
Bonjour,
Quelle joie de découvrir vos vers ! Nous avons tous notre façon de voyager sur les flots et la mer rassemble les belles plumes. Amitiés poétiques, Jyckie.
Commentaire n°2 posté par Jyckie le 09/07/2011 à 14h15

Merci Jyckie, pour votre visite et vos mots si généreux.

La mer constitue en effet une source d'inspiration quasi infinie.

Bien amicalement et à bientôt.

Thierry

Réponse de Thierry CABOT le 09/07/2011 à 14h33
Voici le lien pour Le voyageur mélancolique
j'attends votre avis pour le proposer à litteratureaudio
l'orage m'a aidé pour l'ambiance
A bientot René
http://dl.free.fr/gHnLBwX7t
Commentaire n°3 posté par Lemoko le 12/07/2011 à 23h02

Bonsoir René,

Un contact par courriel étant plus aisé, je viens de vous adresser un message.

A bientôt.

Bien cordialement.

Thierry

Réponse de Thierry CABOT le 12/07/2011 à 23h32
Bonjour ami poète,

Après une longue absence et un long silence (mais cela n'est-il pas dans la condition du poète que de savoir se replier un instant, de longs instants en soi-même) et de nombreuses occupations (concours...) je reviens sur ce site que j'avais découvert après un message envoyé par le biais de mon blog qui a depuis changé de nom... Je vois que la plume est toujours vive, que l'oiseau qui palpite dans la cage du coeur tire encore de mélodiques accords et laisse tomber sa traîne de phoenix pour enflammer le sentiment qui anime le retour cadencé des vers qui nous berce. BRavo pour cette création et pour le nombre de commentaires qui vienent à présent diaoguer avec toi. C'est une bonne et belle chose que nous soyons nombreux à en être touché et à les aimer. Je (souhaite) ni te ni vous, (la proximité offerte à l'âme dans la poésie dépasse ces considérations) que le flot des mots continue de couler, et reviendrai bientôt plonger des nasses défaites dans l'eau de ses vers...
Commentaire n°4 posté par P. Hamon le 17/08/2011 à 18h27

Merci, Pascaline, pour votre beau message.

De nouveaux poèmes en effet sont venus enrichir "La Blessure des Mots" qui vient récemment de faire l'objet d'une édition électronique. Le petit dernier : "L'espérance" est consultable à la page 14 de mon blog.

Je vous dis à très bientôt.

Bien amicalement.

Thierry

Réponse de Thierry CABOT le 17/08/2011 à 19h34
Poète, tu l'es jusques au fond de coeur ou de ce quien toi, est plus que la vie...Je t'envie d'écrire ainsi.
Amicalement
Commentaire n°5 posté par marlou le 23/10/2011 à 12h34

Merci, Marlou, pour ces deux commentaires qui m'ont profondément touché.

A bientôt.

Thierry

Réponse de Thierry CABOT le 23/10/2011 à 13h34

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