Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /Sep /2007 18:19

Mots clés de l'oeuvre : lyrisme, versification, prosodie, soutien de Paul Guth, poésie d'aujourd'hui, émotion, sensibilité.




Après que nous aurons, la chair vieillie et lasse,
Humé traîtreusement les venins de la mort
Et qu'auront triomphé, jeunes à notre place,
Des inconnus dont tout verra fleurir le sort ;

Après que suffocants sur la terre mauvaise,
Nous aurons contemplé chaque saison qui fuit
Et que nos yeux brisés d'un ultime malaise,
Auront, avec douleur, bu le fond de la nuit ;

Des millions de jours et puis des jours encore,
Immenses, couleront, sous d'immuables cieux,
Couleront pour l'enfant grisé devant l'aurore
Et des hommes déjà taciturnes et vieux.

Ils couleront sans fin dans la pluie et la neige,
Dans la beauté suave et l'or blanc du soleil,
Des brises du Japon aux vents bleus de Norvège
Et dans l'aveugle amour d'un éternel éveil.

Oui, rien ne changera de mon aube à la tienne,
De mes traits ingénus à ton charme applaudi ;
Cent rêveurs, après nous, récitant leur antienne,
Rediront maintes fois ce que d'autres ont dit.

Et de nouveaux bébés vagiront dans leurs langes,
Des râles empliront la bouche des mourants ;
Des vieillards qui, plus tôt, furent de petits anges,
Ne verront autour d'eux que des spectres errants.

Et le beau grain des peaux juvéniles et souples
Gazouillera sans cesse en mille éclats bénis ;
Les baisers renaîtront pour d'éphémères couples,
Soulevés un moment par des voeux infinis.

Puis... au bout de ce flot incessant qui repasse,
Le sang frais de la terre expirera, vaincu,
Avant qu'un soleil mort illuminant l'espace,
Eteigne jusqu'à l'ombre où nous avions vécu.


Poème extrait de " La Blessure des Mots "

http://www.elpediteur.com/catalogue.htm#cabot




      
                        

Par Thierry CABOT
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Commentaires

dix fois que j'y retourne et que je me surprends à le lire à voix haute

les mots se déversent et remplissent tout l'espace.

Ce texte coule de source

ce texte Est et vit....
simplement ...
comme une évidence.
Commentaire n°1 posté par une S.B.F...(Sans Blog Fixe) le 18/10/2009 à 19h15
Merci d'abord pour votre courriel dont j'ai particulièrement apprécié le contenu.

Chaque auteur, vous le savez, marque une préférence pour certains de ses enfants, et mon poème : "Le sang du monde" appartient justement à cette catégorie-là.

Amicalement.

Thierry
Réponse de Thierry CABOT le 18/10/2009 à 19h52
en effet j'ai moi aussi des préférences pour quelques unes de mes modestes créations..

et même si tous vos textes me "parlent", certains m'ont particulièrement touchés dont celui là, qui est en bonne place dans ma liste toute subjective.



Et même si l'on se doit d'aimer chacun de nos enfants d'une identique manière.
Comme une mère d'instinct tourne toujours sa bienveillance vers son plus fragile enfant, le poète en fait de même avec avec les mots qu'il sort de ses tripes ...
certaines phrases ou idées difficiles à coucher vivent un peu plus en nous ....

parce que l'on sait bien au final que...

-De soleil en soleil et d’étoile en étoile
-La douleur sans relâche t’envole bien plus haut
-L’inspiration est belle quand les regrets la voilent
-Et souffre que ton mal transcende aussi tes mots
.....
Commentaire n°2 posté par une S.B.F...(Sans Blog Fixe) le 18/10/2009 à 21h28

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